Auréline 9 – le goût de Monsieur

Nous prenons de nouveau un taxi. Monsieur dépose une petite valise dans le coffre. Je suis sous le charme et encore ivre, je crois bien que s’il se penchait vers moi pour m’embrasser, maintenant, sur la banquette arrière, je ne résisterais pas. Mais Monsieur sait garder ses distances. Il reste silencieux et en retrait. Je tente de relancer la conversation :

– Et où voulez-vous m’emmener ?

Il grimace. Je sens un léger malaise, pour la première fois de la soirée.

-J’aimerais vous faire un cadeau. Vraiment, j’y tiens. Malheureusement, nous ne trouverons des magasins ouverts que dans un quartier peu fréquentable.

– Ah… Et quel est cet endroit je vous prie ?
– Pigalle

Nous nous arrêtons devant un Sex-Shop. La vitrine me surprend un peu. Bien sûr, je m’attendais à un étalage vulgaire et coloré. De ce côté-là, je ne suis pas déçue. Des néons bleus, du flash clinquant. Peu de godemichets et d’accessoires sexuels en revanche. Beaucoup de lingerie de charme, bas, blancs, rouges, noirs, des guêpières assorties, de belles dentelles, du Licra pour les fétichistes. Je n’aurais pas pensé que cet assortiment me plaise, je suis comme une écolière dans une boutique de sucettes. La vendeuse est très sympathique. Elle demande à Monsieur ce qu’il désire. « Nous cherchons des bottines pour Mademoiselle. Elles doivent monter juste en dessous des genoux, mais le plus important ce sont les talons, plus ils seront hauts mieux ce sera. » La vendeuse s’enquiert de ma taille de chaussures. « Je crois avoir en stock ce qui vous conviendra, dit-elle. » Elle ramène des bottes en cuir. Je m’assois pour les essayer. Ce n’est pas tâche facile, les lacets sont croisés du bas jusqu’au haut, je mets une éternité à les resserrer. Quand je me lève, j’ai l’impression d’avoir pris trente centimètres. Comme la tête me tourne encore un peu, je tangue d’un bord sur l’autre. Voyant cela, Monsieur m’offre un bras secourable. « Absolument parfait dit-il ». Il ne m’a même pas laissé le temps d’exprimer mon avis. La vendeuse emballe les chaussures et nous sortons. « Venez, continuons à pied, dit Monsieur ».

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